Mon court (mais intense) périple en terre Germanique.

Je l’avais expliqué précédemment, j’étais partie le 9 octobre dernier pour un an en Allemagne afin d’être groom. Enfin, c’est ce qui était prévu. Mais alors, pourquoi suis-je sur une chaise de la salle à manger de la maison de mon père, en France ?

(J’ai déjà reçu des messages de fouines pleines de sarcasmes, je vous prie donc de vous en abstenir, j’ai eu ma dose. 🙂 Je sais que le haut niveau n’est pas tout rose, mais j’ai un énorme défaut .. j’ai encore foi en l’humain.)

Alors que le premier jour, le cadre me semblait idyllique, chevaux dehors quasiment toute la journée, monte sans enrênements, mors simples et muserolles absentes .. j’ai très vite déchanté.

Le lendemain, il m’a été demandé de tondre. Une fois le corps terminé, je m’attaque à la tête & le cheval gigotant un peu, je prends gentiment mon temps. Le cavalier est alors arrivé me voyant « en difficulté », a attrapé une longe en chaîne & l’a passé dans le licol de manière à ce que la chaîne repose sur les gencives du cheval. « Tiens ça, je vais m’occuper de tondre ». Le but de la manœuvre ? Tirer sur la chaîne à chaque mouvement que le cheval ferait ou « serait prêt à faire ». De n’importe quelle nature que ce soit, de bouger la tête, aux jambes, jusqu’à la queue qui chasse les quelques mouches étant encore en vie.

Evidemment, je n’ai pas voulu infliger de douleur aux chevaux (puisqu’il a utilisé cela sur tous les chevaux), la chaîne non tendue tombait donc & je me faisais hurler dessus que j’étais une incapable. « Le cheval doit avoir le nez au sol, tout le temps, sinon tu n’as pas le dessus sur lui ». Vision archaïque.

Le cheval fouaille un peu trop de la queue à son goût alors qu’il tond les postérieurs, je n’ose pas toucher à cette chaîne, il me l’arrache des mains en mettant deux ou trois coups de sonnette. Le cheval garde sa bouche ouverte, la lèvre relevée, il exprime clairement sa douleur, les gencives rougies. De mon côté, je ravale mes larmes pour ne pas recevoir encore une fois la colère du cavalier.

Les tontes terminées, nous préparons rapidement les affaires pour partir en CSI. Je n’étais pas au courant que nous partions, j’ai à peine le temps de préparer des vêtements, je n’ai ni liquide ni courses pour les 5 prochains jours.

Nous voilà au CSI, les visites vétos se passent, j’ai le camion pour moi. Je vais me coucher .. Le lendemain, il est parti monter l’un de ses chevaux avant son épreuve. Il me le ramène avant celle-ci, j’entre dans le boxs & là c’est le choc. Le cheval a les flancs en sang, je le soigne & après une dizaine de minutes le cavalier revient, me criant encore une fois dessus car « il faut cacher ça » avant l’épreuve. Il applique alors une bombe qui rendra les blessures invisibles ..

De nombreuses choses m’ont encore choqué au court de cette semaine. Pousser le cheval à la faute pour pouvoir avoir une raison de passer ses nerfs, la violence verbale & presque physique envers moi, la violence envers les autres êtres humains au concours, passer ses nerfs sur le cheval parce que quelqu’un l’a contrarié, me hurler tout & son contraire.

Je suis tout à fait consciente des contraintes des cavaliers professionnels, mais il n’y avait rien d’autre que du sadisme dans ce que j’ai vu. De ma vie je n’ai jamais vu des chevaux dans un tel état de souffrance & de stress physique. Je n’ai jamais vu un cheval se tordre littéralement de douleur, se jeter au fond du box au son d’une carotte qui se casse.

Je sais qu’il existe encore des cavaliers à un niveau professionnel qui respectent & aiment leurs chevaux, j’en côtoie & ai côtoyé. Je suis déçue de cette expérience qui ne fera que renforcer l’idée que certains ont, que les cavaliers professionnels n’ont aucun affect pour les chevaux, aucune empathie, aucun amour & ne voient dans le haut niveau qu’un faire valoir.

Expérience malheureuse, mais expérience quand même. Il faut savoir tout prendre & le valoriser du mieux que l’on peut afin d’évoluer. En attendant, je vais me concentrer sur mes chevaux & me recentrer sur moi-même. J’ai ressenti un tel soulagement une fois en terres connues, à rire de bon cœur après cette semaine passée à pleurer & à avoir peur..

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13 réflexions sur “Mon court (mais intense) périple en terre Germanique.

      1. Après, il y a toujours moyen de retenter ta chance en espérant mieux tomber ! (Même si à côté, on peut se demander s’il n’y a pas moyen de dénoncer de tels actes de la part de tes (ex) employeurs…)

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  1. LiliCo

    Bonsoir 🙂 Mais heureusement que des gens bienveillants comme vous existent ! Si non qu’adviendrait-il de ces pauvres chevaux sans vous ?! Persévérez et dénonçons ces horribles monstres de cruauté.

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  2. Ouille! Je ne m’attendais pas vraiment à ça. Peut-être l’habitude de cotoyer des amoureux et non des pros ? J’aurais été dans le même état que toi; Une semaine ? Tu as du courage! Par contre, si ton rêve est de tenir ce type d’emploi, comme d’autres l’ont dit, il doit être possible de trouver UNE écurie respectueuse ! Go go go ! 🙂

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  3. Dobignard

    La dure réalité du monde équestre…..
    Je comprends bien ce que tu as pu ressentir, pour l’avoir vécu à différents niveaux il y a longtemps déjà….
    je vois que rien n’évolue dans le bon sens malheureusement.

    Comme tu le dis, une expérience est toujours enrichissante, et tu en ressors grandie, et pleine de convictions renforcées 😉

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  4. Oh my God! Je dois être vraiment naïve moi… Oui bien sûr je sais que tout n’est pas rose, mais je pensais que les choses évoluaient, que ce genre de chose ne concernaient pas toutes les écuries de compétition!
    J’ai travailler un an dans une écurie de dressage, mais c’était plutôt de la vente de chevaux que de la compétition. Et ouf, je n’ai pas eu ce genre d’expérience…
    Ça me fait vraiment mal, non seulement pour les chevaux, mais également pour les grooms qui se retrouvent ainsi coincés dans ce genre de chose… 😦

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  5. Gaëlle

    Ton petit article m’a beaucoup parlé… Dans le cadre de ma formation Bac Pro CGEH, il y deux ans, j’ai participé à Eramsus + pour une stage d’un mois dans un des plus grand élevage de lusitanien du Portugal. Et comme toi, j’ai eu du mal…

    Humainement parlant, nous avons eu de la chance d’être tombés sur des personnes vraiment géniales (nous étions un petit trio d’amies). Mais d’un point de vu équestre, j’ai rapidement remarqué qu’un truc clochait. Les chevaux ne dégageaient aucune expression. Même lorsque nous les lâchions, rien ne se passait. Je trouvais ça tellement étrange que j’ai essayé de pousser un des mes chevaux à bout pour qu’il essaye de me virer, mais rien. Et j’ai compris lorsqu’en rentrant un de mes chevaux dans l’écurie, un jeune étalon ce met à hénir dans son box. Concrètement, je n’ai jamais vu un cheval se faire à ce point battre. Et ça, c’était tout les jours. Chambrière, brosses, balaie,… Un jour, en passant devant le box de ce poulain (dont on ne s’occupait pas), on a vite remarqué qu’il y avait un soucis à son postérieur. Forcément, nous avons inspecté la chose, et le cheval c’est littéralement jeté au mur en me voyant entrer dans son box. J’ai essayé de le sortir mais impossible de le faire bouger. Verdict du véto : fracture du fémur. Et on ne va pas me faire croire qu’il c’est fait ça en se roulant !

    Et cet exemple n’en ait qu’un parmi tant d’autre… De si jeunes et beaux chevaux simplement terrorisés. Ma seule question c’est pourquoi ? Pourquoi avoir choisi de consacrer sa vie à un métier réclamant autant de passion et d’investissement si ils n’aiment pas l’animal ? Car clairement, ces gens n’aimaient pas les chevaux

    Mais pour en revenir à ton expérience, j’ai le regrets de te dire que ce n’est pas un cas isolé dans ce coin… J’habite à la frontière et, nous recevons souvent en pensions des chevaux allemands complètement frappés. En concours, il suffit de quelque foulés pour qu’on arrive à reconnaître un cheval qui vient de l’autre côté de la frontière. Et d’ailleurs, si un cheval se retourne sur la piste, tu peux être sûre qu’il est allemand. Ils ont une façon tellement stricte de monter par-rapport à la notre, les chevaux voient partout des ouvertures pour se révolter à la moindre contrariétés. Pour leur faire à nouveau aimer le travail, je peux t’assurer que nous prenons du temps…

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