« Mon cheval ne se place pas, que faire ? »

Il suffit de traîner un peu sur les forums ou les groupes Facebook pour lire ce genre de phrase. Je pense que ça doit être dans le Top 3 des questions les plus posées. Entre la méconnaissance des cavaliers, leur manque de niveau et d’encadrement, nous sommes souvent spectateurs de chevaux mis à l’envers, de cavaliers désemparés car ils n’arrivent pas à « placer » leur cheval. Bon nombre de jeunes cavaliers sont simplement obsédés par une chose, avoir le chanfrein à la verticale, quelle que soit le moyen.. La fin ne justifie pas toujours les moyens.

Dans un premier temps, le verbe me gêne. Pour moi « placer » un cheval n’est pas lui faire céder la nuque, mais positionner le cheval dans l’ensemble de son corps à la préparation d’un exercice, au même titre que nous plaçons nos aides.

Dans la main, sur la main, contre la main ?

Il faut dans un premier temps faire la différence entre ces différentes expressions.

Un cheval SUR la main est un cheval qui vient au contact de son mors (sans chercher à traverser la main attention !), poliment, tout en se portant franchement en avant dans une allure dite « moyenne », sans chercher à le rassembler. L’attitude d’ensemble est plutôt horizontale, c’est l’attitude que l’on recherche généralement chez un jeune cheval.

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Un cheval DANS la main est un cheval qui travaille sur des bases plus raccourcie, les allures sont rassemblées et est dans une position de ramener. Voici la définition d’un cheval dans la main selon Baucher dans son Dictionnaire d’Equitation Raisonnée : « Le cheval dans la main est celui qui, soumis à la moindre opposition de mains et de jambes, soutien son encolure, place sa tête, et dispose son corps de manière à être dans un équilibre parfait. La liaison intime entre la force de chaque partie, peut seule donner à leur action prestesse et régularité. »

Ainsi que sa définition du ramener : « On entend par ramener placer la tête du cheval dans une position perpendiculaire. L’idée première de ce principe me vint en examinant la position naturelle que prennent les chevaux au repos à l’écurie. (…) Plusieurs auteurs ont écrit qu’il fallait exclure le cheval qui porte le nez en l’air. Comment ! Parce que tel cheval  est plus ou moins mal conformé qu’un autre, vous ne le jugez plus digne d’entrer dans vos manèges, ni de rendre un bel et bon service ! Je le répète, tous les chevaux peuvent se ramener, et, dès lors, tous sont susceptibles d’éducation; seulement, pour leur donner la position normale, base de toute éducation, et les dresser, il faut de l’aptitude et du raisonnement. Mais, sans ces qualités essentielles, y a-t-il rien de possible en équitation ? »

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Un cheval CONTRE la main est un cheval qui cherche à fuir l’action du mors, cela peut venir d’une mauvaise éducation à la main comme pour Atina qui collait son menton à son poitrail à la moindre action de main, d’une main trop dure, injuste ou imprécise. Continuer de demander alors que le cheval donne la bonne réponse va amener ce dernier à lâcher le mors car il cherche une solution pour trouver le confort, malheureusement le confort de sa bouche passera par des contractions et des douleurs dans la zone cervicale, jusqu’au sacrum. Le cheval forçant contre ces actions contractera les muscles ventraux de l’encolure, c’est ainsi que nous retrouvons des chevaux musclés à l’envers, zone dorsale de l’encolure pauvre en muscles et zone ventrale très puissante.

Pour donner une petite idée, Atina avait un coup de hache lorsque je l’ai eu, quasiment disparu maintenant grâce au travail et à une musculature plus harmonieuse.

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Toutes les parties du corps du cheval sont interdépendantes. Elles fonctionnent toutes en synergie. Il serait fou de penser pouvoir travailler un cheval dans le but qu’il ai un dos fort sans mobiliser sa ceinture abdominale. Il suffit de le tester pour s’en rendre compte, c’est souvent en explorant les phénomènes sur moi-même que j’ai réalisé certaines choses. Couchez vous au sol, naturellement la cambrure de votre dos créera une zone « vide ». Pour remplir cette zone et avoir le dos complètement à plat au sol, nous contractons notre ceinture abdominale. Il en est de même pour les chevaux. Si certains chevaux comme Atina (à l’heure actuelle) peuvent rattraper parce qu’elle est compacte et puissante, des chevaux comme Brunette avec une attache de rein longue auront un dos fichu au bout de quelques mois.

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De même, j’ai pu me rendre compte lors d’une séance d’ostéopathie sur mes chevaux que la mobilisation et la montée du garrot déclenche de manière réflexe la descente des cervicales, ce qui me conforte dans l’idée que pour que le cheval puisse travailler en extension d’encolure et que ça lui profite, lui doit pouvoir mobiliser et monter son garrot, sa carène costale. Si selon les professionnels la méthode pour obtenir la montée du garrot diffère, le constat reste globalement le même.

Un check up dentiste/ostéo/selle est évidemment l’une des premières choses à faire. Atina avait la nuque, le garrot et la sacrum bloqués .. Pas étonnant qu’elle s’effondre en pesant à la main dans les transitions descendantes !! De même, Champurado restait figé dans une attitude très haute malgré la venue du dentiste (deux dents de loup non extraites, oui oui à 12 ans ..), l’ostéopathe est donc venue et toute la communication était brouillée par des blocages, depuis il vient confortablement s’installer dans une attitude basse et ronde, chose qu’il ne faisait évidemment pas car cela lui était mécaniquement impossible ! Combien aurait-il souffert si j’avais simplement bêtement mis une paire de rênes allemandes ?

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En bref, la communication avec la bouche du cheval s’effectue via une conversation incessante mais polie avec les mains par le biais des rênes, mais pas uniquement. Tout notre corps communique avec le corps du cheval. Il suffit de ne plus avoir un bassin souple qui accompagne moelleusement le mouvement du cheval sans le subir et l’allure se détériore, Atina repasse au trot dès que je bloque mon rein et mon bassin.

La communication se fait aussi avec notre tête, nos yeux, nos fesses qui se doivent d’être intelligentes. Nous connaissons nos chevaux, nous devons être capables de ressentir le moindre problème, la moindre irrégularité, n’importe quelle anomalie devrait immédiatement nous alerter, nul besoin d’être un grand vétérinaire, ostéopathe ou maréchal pour être capable de détecter ce genre de choses.

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4 réflexions sur “« Mon cheval ne se place pas, que faire ? »

  1. Nos petits vlogs équins

    Tout dans cet article respire de raisonnement et de bon sens! Par contre, j’ai du mal avec la notion de « monter le garrot ». ET pourtant ma coach passe son temps à me dire de « faire passer le garrot et le dos » et que après tout roule. Mais je n’y arrive pas seul. Elle m’aide en touchant les hanches du cheval pour lui mettre le cul en dessous de la masse. Du coup, je bosse très verticalement quand je monte seule parce que j’ai des grosses difficultés à les faire monter vers le haut …

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    1. Tu as déjà fait monter le garrot en stimulant les zones réflexes ?
      Après ça passe par la mobilisation des abdos, ça fait « monter » le dos et le garrot. C’est vrai que ce n’est pas évident & que je n’arrive pas toujours à sentir, surtout au trot, si le garrot est spécialement monté ou non..

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