Des concours et .. du pieds nus ?

Nous l’avons tous entendu au moins une fois dans notre vie, on l’a même peut-être pensé ! Le pieds nus ? C’est pour les chevaux à la retraite, les chevaux qui passent leur temps à ne rien faire au pré ou qui sortent une fois par mois. Un cheval qui travaille, ça doit avoir des souliers. Et il en existe de toutes sortes, en fer, en alu, à l’envers, en oeuf, en coeur, un pinçon, deux pinçons, pas de pinçons, avec plaques, avec silicone, en plastique, bref .. Une multitudes de souliers qui ont évolué pour répondre aux besoins des cavaliers.

Un peu d’histoire !

Xénophon (-430 – -355 avant Jésus Christ) a écrit : « Afin que les pieds du cheval soient le plus durs possible, il faut, je le dis par expérience, faire recouvrir de pierres, du poids d’un livre environ, le sol sur lequel le cheval doit se tenir, au moment où on le panse, en dehors de l’écurie. Placé sur ce lit de pierres, le cheval ne cesse de piétiner, pendant qu’on l’étrille ou qu’on le bouchonne, et s’y arrondit le sabot. »

Columelle (4 – 70) souhaitait que le sol de ses écuries soit pavé de bois de chêne, parce que « cette espèce de bois durcit les pieds des chevaux à la manière des pierres. »

A cette époque, le fer à clous n’existait pas. Il était alors essentiel pour les Grecs et les Romains que le pied du cheval soit dur, épais, résistant. En revanche, des espèces d’hipposandales voyaient déjà le jour. Des semelles de cuirs ou de métal fixées par des lacets sur les pieds des chevaux. Les dites chaussures n’étaient alors enfilé aux chevaux uniquement lorsque les terrains devenaient difficiles, pour soigner un cheval blessé ou comme chaussure d’apparat. Mais ces dernières manquaient cruellement de stabilité  & il était difficile de se déplacer avec, les déplacements étaient lents.

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Le fer à clou a accompagné la mise des chevaux en écurie. L’humidité que l’on rencontre dans un box, couplé aux longs déplacements sur des sols difficiles ont rendu le pied fragile, ne pouvant supporter les contraintes liées à l’utilisation du cheval rendant les chevaux boiteux. En revanche, personne ne semble d’accord sur la période où ce dernier est apparu ..

En bref, le fer a été historiquement été inventé pour aller au delà des capacités physique du cheval, pour palier au fait que le cheval ait été enfermé en box et qu’il n’ait plus la possibilité d’aller marcher sur des sols durs et accidentés pour durcir sa corne.

Au XXIème siècle, nous sommes conscients de tout cela. Et la grande majorité des chevaux ne parcourent pas des kilomètres dans la pampa pour aller à la guerre ou servir au relais de poste. Nous devons être conscients que si l’on ferre les chevaux, c’est parce que nous ne leur offrons pas un mode de vie adapté à un pied sain et fort. Parce que nous n’acceptons pas les contraintes que peuvent apporter un pied nu (Plus sensible en hiver avec l’humidité par exemple).

Sachant qu’au XVIII ou XIXème siècle (je n’arrive pas à remettre la main sur l’ouvrage qui traitait du sujet) une personne soulignait déjà les méfaits de la ferrure sur les chevaux.. et bizarrement, cette personne fut tournée en ridicule et on lui demande bien gentiment de garder ses opinions pour lui .. C’est fou, des siècles plus tard les mentalités n’ont pas évolué partout !!

Venons en aux faits !

C’est bien joli, j’ai étalé ma science (merci Gallica) mais j’en viens au sujet de mon article. Combiner le cheval de compétition avec une absence de ferrure. Soyons honnêtes, c’est juste que nous n’avions pas le budget, c’était soit on faisait du concours, soit on ferrait nos chevaux. Voilà, fin, merci de m’avoir lu !

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Plus sérieusement .. de plus en plus de cavaliers décident de changer leur façon de gérer les pieds de leurs chevaux et passent au pied nu. Si j’encourage cette transition (sans la forcer, on sait bien que cela n’avance à rien), je mets toujours ces personnes pleines de bonne volonté en garde. Il ne suffit pas de retirer les fers et roule ma poule ! C’est toute une gestion tout à fait différente qui doit se mettre en place.

Faisons simple pour commencer : • Sortez vos chevaux de leurs boxs, la nuit à la limite c’est faisable, mais quand j’entends des « ma jument est sensible depuis qu’on l’a mise pieds nus » et que la dite bourrique ne sort jamais de son box ou va uniquement sur la carrière .. évidemment que la jument a mal aux pieds !

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• Soyez patient !! Au même titre que nous, les chevaux perdent la sensibilité de leurs pieds à force d’avoir des godasses accrochées à leurs pieds. Regardez les personnes se déplaçant beaucoup pieds nus, ils n’ont aucune difficulté à marcher ou courir sur différents sols. Moi-même au début de l’été je suis un peu sensible et au fur et à mesure je peux marcher avec plus d’aisance même sur les cailloux.. sauf que l’hiver il fait un pitit peu froid, donc j’enfile mes chaussettes et mes boots top moumout qui me tiennent bien chaud et m’isolent du sol avec leurs grosses semelles ! La même jument que ci-dessus était donc sensible quand elle a été passé pieds nus. Si on espère un changement positif en 3 jours, je suis navrée de vous dire que vous vous bercez d’illusions. Si certains chevaux comme Titoune ont pu se déplacer avec aisance le lendemain du déferrage, il n’en est pas de même pour tous les chevaux, c’est triste, c’est pô juste mais ils ne sont pas égaux. Entre nous, je pense juste qu’ils font exprès pour qu’on s’occupe d’eux, qu’on les promène en main et qu’on les emmène brouter.. Enfin moi je dis ça je dis rien !

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• Modifier l’alimentation. Pour ma part, j’ai combiné deux facteurs déterminants pour le changement d’alimentation. Le passage pieds nus et la dermite de ce boulet d’Atina, elle se contente pas d’être grise avec des tâches de rousseurs la bougresse ! De l’aliment classique bourré de mélasse (love you mélasse), à l’orge aplati puis l’orge germé, mes chevaux sont finalement passés au foin. Puis ça a l’air de leur convenir, aucun n’est mort à ce jour, j’estime donc que tout est ok de ce côté là ! L’utilisation de CMV est également à prendre en compte, pour ma part à l’heure à laquelle j’écris, mes chevaux n’en ont pas spécialement mis à part une pierre minérale aux oligos éléments en libre service.

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• S’adapter. Il arrive qu’ils soient plus sensibles certains jours à cause du temps, d’une utilisation plus intensive. Laissez les choisir leur terrain s’ils veulent aller dans l’herbe ou sur un sol plus souple (Petite pensée pour moi quand ils marchent le long du vide.), ou tout simplement ne les sortez pas s’ils sont trop mal dans leurs pieds. Oui c’est frustrant, on voulait aller montrer à toute la sphère des poneys notre enchaînement changements de pieds au temps, pirouette et salto arrière .. mais ça attendra, poney n’est pas encore prêt à être une star du web et il ne veut pas que vous deveniez populaire par la même occasion. Ingrat de poney.

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• Trouver le bon pareur/podologue/maréchal. C’est aussi un poil important, que la personne qui s’occupe des pieds de poney touche un peu sa bille et ne le rende pas boiteux .. parce que ça arrive !! Et s’il vous dit que c’est pas grave qu’il s’adaptera, moi je vous conseille de fuir. Parce qu’en plus de ne pas pouvoir utiliser poney, vous le verrez en souffrance, et en plus en plus, vous allez avoir tous les vautours qui vont se jeter sur vous telles une carcasse de gazelle dans la savane (sauf si comme moi vous êtes seul chez vous) pour vous dire « Tu dois referrer, regarde il souffre ! » Alors soit vous allez culpabiliser de passer pour le propriétaire indigne et referrer, soit vous allez réfléchir et changer de tailleur de pieds.

Exemples !

(Comme j’suis pas trop égocentrique, je laisse la parole aux autres)

Charlène Nikolic
« Comment j’en suis arrivée au pied nu .. on a toujours ferré (même les vieilles juments à mes parents qui ne faisaient plus rien), car c’est comme ça, un cheval qui travaille, on le ferre, c’est bien pour lui, on trouvait ça étrange de ne pas ferrer d’ailleurs !
Et puis on avait un poney, déclaré comme fourbu chronique et on essayait de faire ce qu’on pouvait, véto, maréchal etc etc, ça s’est empiré de plus en plus, jusqu’à ce que je me renseigne par moi-même et que je tombe sur des infos sur le pied nu, conséquences du fer, parage adapté etc.
Après m’être beaucoup renseignée, ça n’a pas été évident pour moi. Il fallait déferrer pour leur bien être, leur fonctionnement et pour essayer de les respecter au maximum malgré l’utilisation que l’on en fait.
Il a donc fallu convaincre toute ma petite famille, et nous avons déferré. En sachant que ça pouvait prendre du temps, qu’il allait s’adapter à elles.

Suite au passage pieds nus, j’ai pu constater que nos deux juments étaient plus déliées. La jument de ma soeur, Boney, ne trébuche quasiment plus ! Ce qui était fréquent lorsqu’elle était ferrée.

Nous avons choisi de parer nous même petit à petit, j’ai fait un stage pour confirmer mes acquis et en savoir d’avantage. Nous pouvons de ce fait parer très régulièrement et les pieds sont toujours en bon état, fonctionnels.

Elles sont au foin à volonté avec filets à foin petites mailles, et du foin hors filet également. Elles ont en plus des cures en complément (ail, levure de bière, algues, EMA…) »

Lucile Picker, dont vous pouvez lire le témoignage ici, a également l’intégralité de ses chevaux pieds nus.

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Marie Moreau (Ecuries de la Malïs)

« VIC DU ROUET bientôt 8 ans, son 1ER GRAND PRIX125/130. Je suis très fière de mon petit cheval que j’ai construit depuis la sortie du débourrage à maintenant, Avec l’aide de JEAN de MAGISTRA (ancien cavalier pro), et plus récemment Yacine Aouaneche qui m’a accompagné dans le dressage de cette dernière année.Beaucoup de changement pour Vic car il est passé pieds nus, la transition n’est pas toujours évidente mais le résultat est là, et mon souhait est de pouvoir démontrer que l’on peut allier cheval le plus proche de sa nature ( vit dehors, en groupe, pieds nus) et faire du bon niveau et je l’espère approcher du haut niveau. Pour les amoureux des chevaux mais qui restent quand même compétiteurs dans l’âme, faite passer l’info. Je suis à votre disposition si vous souhaitez être accompagnés dans cette démarche, et pratiquer la compétition sans être jugé pour vos convictions (Je prends des chevaux en pensions uniquement dehors aussi)


Osez sortir des préjugés les chevaux en boites avec des chaussures de fer, le plus chouchoutés soient’ils n’est pas le plus heureux. Merci pour votre lecture. »

Vic du Rouet sur son premier GP 125-130

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5 réflexions sur “Des concours et .. du pieds nus ?

  1. Quiquoi

    Bon j’arrive après la guerre 😉
    Je suis convaincue par le pied nu depuis de nombreuses années et je sais qu’il est parfaitement possible en dressage et cso et même a haut niveau (la preuve dans cet article) mais je me suis toujours posé la question sur le cross … la légende raconte qu’il cheval pied nu (donc pas de crampons) ça glisse. C’est possible a « haut » niveau de garder son cheval pied nu ?

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